Carnet de voyage d'un cinéphile TROISIÈME ESCALE


Introduction


Qui n'aime pas voyager ? Certes certains ne peuvent ou ne veulent pas quitter la région qui leur est chère, mais qui n'aime pas découvrir ? Car si la découverte de l'étranger se fait par le voyage, celui ci ne nécessite pas forcément de déplacement. À l'heure actuelle, une simple connexion internet permet de découvrir tout ce qui peut vous intéresser sur une culture nouvelle. Un clic curieux sur une notion inconnue et tout un horizon insoupçonné se découvre subitement. Nous pouvons ainsi nous plonger dans la littérature, la musique, la peinture ou encore, ce qui va m'intéresser ici, le cinéma du monde entier. C'est dans un cinéma autrefois majeur et aujourd'hui peinant à retrouver sa place sans avoir disparu que je débarque : le cinéma russe.


Avertissement : regardez les films avant de lire la suite si vous voulez vraiment les découvrir, je vais parlez des films jusque dans certains détails et possiblement la fin. Vous êtes prévenus.


Russie, Leto de Kirill Seredrennikov



Trois noms russes ont façonné le cinéma mondial : Vertov, Tarkovski, Eisenstein. Grands auteurs au philosophies très divergentes, ils sont extrèmement impoetants dans l'histoire du cinéma et,… ils éclipsent ceux qui suivront, écrasés par les cinéma occidentaux. On a comme une redite de la littérature où Tchekov et Tolstoï sont les seuls à se démarquer dans les plus grands écrivains au milieux de français et d'anglo-saxons. Conséquence : quand je regarde un film russe, je ne sais pas où je vais, donc j'hésite à y aller. Mais de temps en temps, je me laisse emmener dans un voyage dont je ne me doute pas de la destination, tel un passager regardant défiler le paysage à travers les vitres.



L'été 1981, un paysage noir et blanc, une ville soviétique austère, le groupe de rock, formé du nouveau venu Viktor Tsoï, 19 ans, et de l'ancien chanteur de Zoopark Mike Nouamenko, 26 ans. Viktor et Natalia, la femme de Mike, sentent naître du désir entre eux, tandis que Mike à peur de perdre l'inspiration et d'être écrasé par l'arrivée, sous le manteau des groupes anglophones dans le monde du rock. Dans le même temps il se bat pour faire exister leur salle et leur groupe dans un pays totalitaire où ramener une pancarte ou se lever à un concert est interdit et réprimandé.


Un film à l'apparence austère, dure, il est tourné en noir et blanc, les membres de Kino (le groupe), tout habillés de blanc, sont statiques et jouent doucement à la guitare acoustique, le public est assis, silencieux, immobile, c'est calme, trop calme. Quand soudain lâche toi mec LÂCHE TOI ! Un jeune homme, au long manteau noir et à lunettes, guitare électrique en main, débarque sur scène, arrache la guitare acoustique des mains de Mike et lui met l'autre autour du cou avant de lui hurler ces mots et soudain BAM batterie, guitare saturée, voix libérée, public se ruant vers la scène ,split screen, couleurs vives, dessins au dessus de l'image, ça plonge dans le public, ça gueule, ça saute, ça s'embrasse, ça lève une pancarte écrite en rouge : « Tout ça n'est jamais arrivé, mais on aurait bien voulu. » tenue par l'homme qui est arrivée en courant et CUT nous revenons à l'ambiance initiale. Tout ce qu'on a vu n'était que fantasme.


Cette scène, à mes yeux la meilleure du film, est reproduite à plusieurs moments dans des explosions de mise en scène , contrastant totalement avec la tendance du reste du film. C'est un film relativement posé, il y a de nombreuses discussions, et la musique est très calme. C'est assez surprenant compte tenue de l'environnement où évoluent les personnages, des rockeurs à l'heure de l'explosion du punk. Mais, de temps à autre, une ligne de basse ou une grosse caisse se fait entendre et monte petit à petit. Des petites imperfections, qui en réalité sont des dessins, apparaissent dans le cadre, et les personnages se mettent à chanter, notamment des chansons très connues de l'époque et qui se sont mis plus ou moins à circuler sous le manteau en Russie, notamment « The Passenger » d'Iggy Pop, « Perfect Day » de Lou Reed et « Psycho Killer » de Talking Heads (si vous le pouvez, regardez ces moments sur internet juste pour la beauté de ces créations). Puis, d'une manière ou d'une autre, ce personnage, au long manteau noir et à lunettes, répondant au nom de Sceptique (je vous le jure), débarque et, d'une manière ou d'une autre, nous annonce que « Tout ça n'est jamais arrivé ».



Ces scènes sont cependant ponctuelles, dans un film posé dont il faut saluer deux autres qualités majeures : l'écriture et les acteurs. Les personnages principaux sont très bien développés, les secondaires ne manquent pas de personnalités et tout ce beau monde est extrêmement attachant. Mike est un créateur tourmenté face à la réussite : est-ce que le premier album va marquer, servir à quelque chose, simplement marcher ou disparaître ? Natalia est la femme de Mike et la mère de leur enfant aime son mari, mais elle se sent attirée par Viktor, et même si Mike accepte qu'elle le fréquente en sachant tout cela, elle se demande si elle peut réellement. Quand à Viktor, jeune et plein d'entrain, il se laisse porter par ses désirs, qu'ils soient amoureux ou créatifs. Quand aux personnages secondaires, je veux juste citer les personnages de l'extravagant Pank, symbole du punk ayant droit à la meilleure conclusion de personnage du film, et le très amer Sceptique, symbole du réel et meilleur personnage du film (sérieusement, regardez la reprise de « Psycho Killer », le duo est fantastique).


Mais, toutefois, il manque quelque chose, le film ne va pas assez loin, il est trop calme pour ce qu'il montre. Quand on compare ce dont le film parle à ce qu'a été le punk chez nous en occident, il est trop sage. Le punk a été explosif, notamment en Angleterre, a durablement marqué l'histoire de la musique et a été un mouvement idéologique parti pour être aussi important que le mouvement hippie bien qu'étant en opposition sur l'esthétique. Il ne fait pas grand-chose,… Mais c'est déjà beaucoup. Je rappelle que le film se passe sous Brejnev, en fin de vie de l'URSS dans une période plus souple mais tout de même sous un régime encore très autoritaire. Ce qu'ils ont fait ? Faire vivre un groupe de rock à influence punk ainsi qu'une salle de concert orienté rock, une musique encore contestataire, le tout sans avoir de problème majeur. Il faut aussi rappeler que le film a été tourné sous Poutine, un régime beaucoup plus strict que le Royaume Uni de Thatcher sous laquelle le punk anglais s'est développé et déjà dur pour un régime occidental. D'ailleurs, contrairement à ses héros, Kirill Seredrennikov, le réalisateur du film, a eu affaire à cette justice rude et idéologique. Il a eu son passeport confisqué et ses biens et son compte en banque saisis, l'empêchant de participer au Festival de Cannes 2017 pour lequel son film avait été sélectionné. Le film cependant reste optimiste quand à la jeunesse et à la portée personnelle que peut avoir une révolution tranquille dans un pays totalitaire.



Je m'excuse d'avoir publié cette entrée de journal en retard, mais c'est une surprise extrêmement heureuse et un film dont j'avais énormément envie de parler. Mais qu'elle difficulté de rendre compte de manière satisfaisante, combien de réécriture du résumé, de l'analyse, des descriptions, je n'en suis d'ailleurs toujours pas satisfait de mon écrit, mais il arrive un moment où il faut lâcher son avis. Quant à ce dernier, si il ne vous intéresse pas ou qu'il vous déçoit, vous agace, vous énerve, vous révolte, vous fait pitié, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise : restez chez vous, imprimez-le, et torchez-vous avec. Et il en est de même avec les scènes musicales (car s'inspirer de l'univers du clip est forcément un défaut, bien évidemment). De mon côté, je vais visiter un pays, ou plutôt une ville, entre deux culture, entre deux idéologie, entre deux visions du cinéma, entre orient et occident.



Article de Arthur Picou pour Méga.Média

(Saison Mo(o)n Label 19/20)


P.S. : Écoutez la bande originale, ainsi que Talking Heads, Iggy Pop et Lou Reed.

Des classiques certes, mais mérités.

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